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Résultat du prix des jeunes auteurices 2024
Le Prix des jeunes auteurices organisé chaque année par la revue Sociologie du travail encourage de jeunes auteurs et autrices à valoriser un travail de recherche et à se confronter aux normes académiques en s’appropriant les codes de l’écriture scientifique et en jouant le jeu de l’évaluation par les pair·es.
Cette année, 18 candidatures recevables nous sont parvenues. Elles ont été évaluées à l’aveugle par un jury présidé par Anne-Cécile Douillet et composé de six collègues : trois membres du comité de rédaction — Delphine Corteel, Alexandre Mallard et Anne Paillet — et trois collègues extérieur·es au comité — Vincent Cardon, Narguesse Keyhani et Jean-Marie Pillon.
Chaque membre du jury a dans un premier temps évalué neuf articles, chaque article étant lu par trois membres du jury, avec toujours au moins un·e membre extérieur·e au comité de rédaction. Les évaluations ont été transmises à la présidente. Après discussion, à l’issue de ce premier tour, six articles ont été retenus pour une deuxième évaluation, chaque membre du jury lisant les six articles retenus. À partir du classement établi par chaque membre du jury entre les six articles, et après discussion, le jury a décidé d’attribuer trois prix, dont deux ex-aequo.
Le premier prix est attribué à Camille Girard-Chanudet, docteure de l’EHESS, qui a réalisé la thèse sous la direction de Nicolas Dodier et Valérie Beaudouin (Centre d’étude des mouvements sociaux), pour son article intitulé « Sur la chaîne de production de l’intelligence artificielle. Une sociologie du travail algorithmique ». L’article porte sur la fabrique d’un algorithme d’anonymisation de décisions de justice, qui vise à protéger la vie privée des personnes citées dans les décisions de justice, tout en permettant la diffusion publique, à grande échelle, de ces documents. S’appuyant sur une enquête ethnographique de 6 mois auprès du service dédié de la Cour de cassation, l’analyse montre que la fabrique algorithmique mobilise de nombreux acteurs (magistrat·es, annotateurices, data scientists) ; elle souligne surtout le caractère particulièrement conventionnel des activités réalisées par les outils d’intelligence artificielle, montrant comment les outils de quantification qui semblent « tenir » reposent en fait sur des opérations dont la légitimité demeure fragile, y compris pour les personnes les plus impliquées dans les processus d’automatisation.
Un second prix ex-aequo est attribué à Anaïs Bonanno, docteure de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), qui a réalisé sa thèse sous la direction de Sophie Béroud (Triangle) et Jérôme Pélisse (Centre de sociologie des organisations), pour son article provisoirement intitulé « À la recherche de la “bonne volonté” patronale. L’inspection du travail comme travail émotionnel ». L’article montre que les inspecteurs et inspectrices du travail sont des représentant·es de l’État au sein des entreprises mais aussi et surtout des professionnel·les du droit engagé·es dans un travail relationnel et émotionnel. L’enjeu est pour elles et eux de maîtriser l’interaction avec les directions d’entreprise. Il rend bien compte du travail délicat de gestion des rapports de force que les agent·es de contrôle doivent déployer durant les visites en entreprise. L’analyse s’appuie sur des observations, des conversations informelles et des entretiens réalisés dans trois départements.
Un second prix ex-aequo est également attribué à Angel Louis-Baraud, docteur de l’Université Paris 8, qui a réalisé sa thèse sous la direction de Yasmine Siblot et Coline Cardi (CRESPPA-CSU), pour son article intitulé « Quel travail mérite chômage ? L’activation des chômeuses à l’aune des rapports sociaux de classe et de race ». L’article montre que, loin de subir une forte injonction à l’emploi, les femmes racisées des classes populaires voient leurs opportunités professionnelles limitées, du fait de leur encadrement par les institutions de « l’État social » et des catégories racialisantes et culturalisantes des agents. L’analyse éclaire ainsi la surreprésentation des femmes des classes populaires immigrées/racisées dans les emplois liés à la parentalité, et rend compte de la dévalorisation de leurs autres compétences. Elle s’appuie sur une longue enquête ethnographique dans un quartier francilien de la politique de la ville, notamment auprès de Pôle emploi, d’une association d’aide à l’insertion, d’un centre social et d’un centre de la jeunesse.
Ces trois articles seront publiés à l’été 2025 dans la revue Sociologie du travail, et les auteurices des trois autres articles ayant passé le premier tour ont été invité·es à soumettre une version retravaillée de leur article, qui sera évaluée selon la procédure habituelle des articles varia.
Nous encourageons les jeunes chercheurs et chercheuses à participer à la prochaine édition de ce prix : PJA 2025.
