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Expériences coopératives : genre et travail

Numéro thématique coordonné par Séverin Muller et Ada Reichhart

Date limite de soumission : 29 avril 2027

Résumé

Compte tenu de l’intérêt croissant des sciences sociales pour les expériences coopératives à mesure que celles-ci se développent, ce numéro thématique s’ouvre à des recherches centrées sur les rapports de genre dans des structures qui défendent les principes de solidarité, d’autonomie, de liberté et de démocratie (coopératives, mutuelles, associations employeuses, syndicats, communautés autonomes…). L’enjeu est de comprendre comment l’ordre de genre se reproduit ou non dans des organisations et des instances qui se définissent dans un rapport critique à l’égard des formes entrepreneuriales compétitives et autoritaires. Cette centralité du genre ouvre des perspectives pour saisir autrement ce qui est collectivement reconfiguré dans les manières de travailler, la division des tâches, les formes de redistribution économique et l’accès à la prise de décision. Les expériences selon des principes coopératifs sont potentiellement un moyen de repenser les modes de vie et le travail, ses contours et ses frontières. Dans l’adhésion ou la résistance aux inégalités de genre, sont mises en jeu des trajectoires et des socialisations, des articulations avec d’autres rapports sociaux.

Modalités de réponse et calendrier

Les propositions d’articles, d’un volume total compris entre 65000 et 75000 signes, sont attendues le 29 avril 2027 au plus tard. Les articles seront entièrement anonymisés selon les modalités exposées sur le site internet de la revue, les coordonnées des auteurices étant renseignées séparément, dans le formulaire de soumission disponible à la même adresse : https://www.sociologiedutravail.org/Proposer-un-article.
Les articles feront l’objet d’une évaluation anonyme selon la procédure en vigueur au sein du comité de rédaction de Sociologie du travail. Les échéances pour d’éventuels remaniements des articles retenus seront précisées au cours des différentes étapes du processus. La parution du numéro spécial est prévue fin 2028 ou début 2029.
La sélection des contributions et leur évaluation étant anonymes, les auteurices ne doivent pas contacter les coordinateurices du numéro ni les membres du comité de rédaction, mais bien soumettre leurs articles via le site internet de la revue.


Texte de l’appel à propositions

Depuis les années 2010, on assiste à un renouvellement notable des recherches en sciences sociales sur les expériences coopératives à mesure que leur nombre et leurs effectifs salariés augmentent. Ces expériences prennent des formes variées : coopératives aux statuts juridiques spécifiques, comme les Sociétés coopératives de production, SCOP (Wagner, 2022 ; Duverger et Quijoux, 2026), les Sociétés coopératives d’intérêt collectif, SCIC (Gonzalez, 2025), les Coopératives d’activité et d’emploi, CAE (Bureau et Corsani, 2014 ; Ballon et al., 2020), mais aussi les associations employeuses (Corteel, 2024) ou encore les communautés autonomes (Lallement, 2019 ; Sallustio, 2022).

Ce regain d’intérêt offre la possibilité de penser à la fois des formes alternatives d’organisation et de travail et les raisons pour lesquelles le « genre de la coopération » est si peu présent dans les analyses — et ce d’autant que les secteurs d’activités sont davantage orientés vers les services et les emplois féminins (Duverger et Quijoux, 2026). Par ailleurs, la forme coopérative de travail vise à redéfinir les rapports de pouvoir par la propriété collective et la prise de décision démocratique. Elle développe un mode de relation critique à l’égard des formes compétitives et autoritaires de l’organisation de l’entreprise (Gourevitch, 2014 ; Harcourt, 2023). Dans cette perspective, l’appel s’ouvre à des recherches centrées sur les rapports de genre et portant sur des expériences menées dans des lieux coopératifs et solidaires, quels que soient leurs statuts (coopératives, mutuelles, associations employeuses, syndicats, communautés autonomes...), y compris à l’international (ILO, 2020), engagés dans un rapport salarial selon des « principes coopératifs » (ICA, 1995), définis par l’adhésion volontaire, l’autonomie, la réciprocité et l’égalité, la redistribution des droits politiques et économiques, l’engagement envers la communauté.

Les expériences coopératives constituent depuis le XIXe siècle un objet récurrent pour les sciences sociales, nourri à la fois par les mouvements sociaux, les discours critiques du travail sous régime capitaliste (Honneth, 2024) et l’horizon utopique qu’il porte (Castoriadis, 1975 ; Gorz, 1977 ; Abensour, 2013 ; Wright, 2017). Des recherches récentes l’examinent pour interroger les capacités de collectifs à s’organiser de façon démocratique (Cukier, 2018 ; Muller, 2026), assurer la pleine participation des travailleur·euses en réorganisant les relations hiérarchiques tout en maintenant la viabilité économique (Reichhart, 2024 ; Gonzalez, 2025). Une série de travaux se penche sur les avancées sociales et le potentiel émancipateur (Boissonade, 2013 ; Lallement, 2015 ; Muller, 2020 ; Cros, 2021 ; Reichhart, 2023 ; Cottin-Marx et Mylondo, 2024), ou sur les incidences de la propriété collective (Wagner, 2022 ; Reichhart, 2024). Comme quelques recherches le pointent, cette propriété partagée peut conduire à désactiver les revendications sur les conditions salariales et de travail, questionnant le rôle des syndicats pour les sociétaires-salarié⋅es (Gibard et Lebas, 2025), au risque de transformer les expériences coopératives en entreprises « comme les autres » (Linhart, 1981). Enfin, des recherches examinent le rapport au travail et le sens qu’accordent les travailleur⋅euses à ces organisations socialisatrices dans l’acculturation (Dussuet et Flahaut, 2010).

En dépit de leur richesse, la plupart de ces travaux neutralisent la dimension genrée ou l’abordent de façon transversale (Wajcman, 1983 ; Salustio, 2022 ; Cardoso, 2020 ; Reichhart, 2026). Pourtant, les rapports de genre ont très tôt été intégrés au mouvement coopératif par le biais d’une critique des contours du travail productif et du travail domestique, par des militantes owénistes (Thompson, 1983 [1825] ; Pankhurst, 1954 ; Dooley, 1996), ouvrant le champ à des expériences de socialisation du travail domestique en plus du travail de production (Taylor, 1993). Des tentatives de théorisation en acte se sont poursuivies, pour envisager un salaire domestique, comme dans la communauté de Boimondau (Gourgues et al., 2026) ou au sein des coopératives domestiques (Peirce, 1868 ; Hayden, 1981 ; Dreysse, 2023). Comment ainsi définir le travail qui fait objet de socialisation ? En dépit de la mise en lumière du matrimoine des expériences coopératives (Riot-Sarcey, 1994 ; Fayolle, 2021) ou du récent programme de recherche européen We-Coop (Reichhart, 2024-2028), le rapport genre-coopération demeure partiellement impensé, sans doute du fait de l’histoire contrariée d’un mouvement ouvrier et d’un travail salarié, y compris coopératif, longtemps étudiés au masculin neutre, et des débats sur le primat des rapports de classe sur les autres rapports sociaux.

L’objectif de cet appel est donc bien de penser la centralité du genre dans les expériences coopératives. Au-delà de la question primordiale des contours du travail selon les principes coopératifs, les rapports de genre peuvent être analysés sous l’angle du sujet de la coopération : qui est reconnu·e comme acteur·ice, en tant que travailleur·euse mais aussi penseur·euse de la coopération sociale ? Comment se formalisent les processus décisionnels concernant le travail, son organisation, sa répartition ? Comment les rapports de genre sont-ils « mis au travail » ou non dans les instances coopératives ? La critique féministe des organisations, notamment de l’entreprise, à la faveur de formes coopératives de relations au travail (Hacker, 1989 ; Acker, 1990), pose également le sujet de la coopération comme mode de relation sociale.

Cette invitation à prendre pleinement en considération la centralité du genre est propice à penser le travail au sens large, pour ouvrir l’imaginaire sociologique et examiner pourquoi et comment des communautés de travail mettent concrètement en œuvre (dans quelles conditions et avec quelles tensions) des principes coopératifs. Elle est également une occasion de saisir comment les rapports de genre se nouent avec d’autres rapports sociaux, comment se jouent les trajectoires et les socialisations, comment les expériences d’ici résonnent ou non avec celles d’ailleurs.

Pour répondre à cette invitation, ce numéro de Sociologie du travail s’ouvre à des analyses sur les articulations entre genre et travail dans des expériences coopératives, la façon dont elles reconfigurent les manières de travailler et de penser le travail, les modes de vie, les représentations. Les articles, à l’appui de cas empiriques et/ou de théorisations ancrées, pourront adopter une perspective nationale et/ou internationale, contemporaine et/ou historique. Ils s’inscriront dans un ou plusieurs des trois axes présentés ci-dessous.

Axe 1. Reproduction des rapports sociaux et inégalités de genre

Si de nombreux travaux ont permis d’introduire la question des rapports de genre dans la sociologie du travail (Guilbert, 1966 ; Maruani, 1998), peu d’attention a encore été portée aux expériences coopératives. Or, adopter des principes coopératifs ne suffit souvent pas à réduire les inégalités liées au genre. Dans quelle mesure observe-t-on alors des processus de reproduction des rapports sociaux et d’inégalités de genre au sein de ces expériences, et quelles en sont les modalités ? Quels mécanismes éventuels empêchent la mise à l’agenda des rapports de genre dans les expériences coopératives ?

On pourra s’intéresser à la reproduction des inégalités professionnelles en miroir de celles décrites dans les organisations capitalistes du travail, mais qui dans le cas des expériences coopératives présentent l’effet d’une double injustice sur fond de discours d’égalité. En parallèle d’enquêtes institutionnelles (Coop FR, 2022) et de travaux en économie qui ont mis en évidence les inégalités salariales dans les SCOP (Magne, 2019), que disent les analyses sociologiques des inégalités des conditions de travail et d’emploi dans les expériences coopératives, par exemple en ce qui concerne la prise de responsabilités, les pénibilités ou encore les formes de reconnaissance ? Il s’agit aussi d’analyser les enjeux de la division genrée du travail, que ce soit dans les activités productives ou reproductives, et de questionner le rapport genré aux temporalités, aux corps ou encore à l’articulation avec la sphère hors-travail, qui peuvent impliquer une différenciation de l’expérience de la coopération au travail selon le genre.

À ces considérations s’imbriquent celles des rapports de genre dans les dispositifs de redistribution : observe-t-on des inégalités dans l’accès au sociétariat (pour les formes plus institutionnalisées), à la propriété collective ou à des formes de redistribution économique, ou encore dans l’accès à la prise de décision dans les instances de délibération collective plus ou moins formelles ? Alors que la question du leadership féminin est posée de façon prioritaire dans certains travaux et discours institutionnels (Rawlings et Shaw, 2016), on pourra aussi l’aborder d’un point de vue critique. Par ailleurs, on pourra décrire les modalités d’articulation entre organisation du procès de travail et mécanismes de redistribution démocratique, ainsi que leur rôle dans la structuration des rapports de genre au travail.

Plus largement, on s’intéressera aux divergences entre pratiques et représentations genrées qui participent à reproduire des rapports de pouvoir dans l’organisation et la distribution du travail. Dans quelle mesure la proclamation de la démocratie interne (par les acteur·ices et les sciences sociales) contribue-t-elle à passer sous silence ces inégalités ? Comment aborder les tensions entre l’image et la revendication d’un statut alternatif, et le désenchantement de sa mise en œuvre ?

Axe 2. Comment l’ordre de genre est-il transformé par les expériences coopératives ?

Certains collectifs se sont saisis de la coopération comme outil de mise en cause de l’ordre de genre, ses principes d’égalité et de redistribution permettant d’expérimenter de nouvelles relations sociales tout en questionnant de façon réflexive les définitions restrictives et la centralité du travail. À partir d’enquêtes empiriques portant sur le travail concret — son organisation, ses contours et ses justifications —, l’axe 2 doit permettre de dévoiler les façons dont ces collectifs mettent au travail les rapports de genre dans une perspective de transformation sociale et d’émancipation, y compris dans ses aspects contrariés.

Un ensemble d’approches féministes ont mis en évidence, derrière une apparente neutralité, le caractère genré des organisations du travail (Acker, 1990). L’autonomie relative développée au sein des expériences coopératives ouvre alors le champ à la redéfinition et à la réorganisation du travail pour répondre à cette fabrique spécifique du genre. Ainsi, dans quelle mesure les rapports de genre sont-ils mis à l’agenda politique des collectifs ? Comment travaillent-ils ces rapports de genre par des politiques matérielles d’égalité (rotation des tâches, congés menstruels, égalité salariale, crèches collectives, temporalités adaptées, etc.), mais aussi par des échelles de valeurs différenciées, privilégiant le care par exemple ? Dans quelle mesure ces dispositifs sont-ils mis en place, quelles sont leurs justifications et quel rôle jouent-ils dans le redressement effectif des rapports de genre ? En quoi la politisation de certaines expériences coopératives implique-t-elle ou non — et pour quelles raisons — une problématisation, voire une prise en charge particulière du travail de reproduction, y compris non rémunéré, distribué de façon inégalitaire, à l’image du salaire domestique de la communauté de Boimondeau (Miranda et Gourgues, 2023) ? Enfin, qu’est-ce que l’expérience concrète de ces collectifs nous dit de la centralité du genre au travail ?

Le cas des collectifs en non-mixité constitue un terrain particulièrement fertile car, en évacuant certains rapports de genre, ils proposent des représentations et pratiques de travail différenciées, renouvelant le champ de la critique sociale du travail. En prolongement, le dossier portera une attention particulière aux enquêtes sur les expériences coopératives dans les activités de reproduction, souvent associées aux femmes en tant que groupe social au prétexte qu’elles y seraient prédisposées, comme les coopératives de cuisine ou de ménage, ou dans des secteurs peu étudiés comme les coopératives féministes d’artistes. Le travail est-il organisé différemment ? Comment le principe d’égalité est-il alors mis en œuvre ? Que disent ces expériences de l’égalité au travail du point de vue des rapports de genre ? Ont-elles des formes d’engagement et de rapport au social différenciées selon le genre ? L’axe ne se restreint pas à ces collectifs et s’ouvre à des enquêtes auprès d’expériences coopératives mixtes faisant preuve de pratiques et discours visant à lutter contre les inégalités de genre, et à une analyse de leur capacité à les mettre en œuvre.

Par ailleurs, la préséance des approches restrictives du travail donne aux expérimentations qui tentent d’articuler critique du travail et transformation des rapports de genre une vulnérabilité particulière. Les rapports de genre ont souvent occupé une place secondaire dans l’ordre des priorités de l’agenda politique des luttes au travail (Taylor, 1993) et leurs traces ne ressortent souvent que par bribes. Dans l’idée d’une mise en lumière du matrimoine du travail selon des principes coopératifs, nous accueillons aussi les enquêtes s’appuyant sur des expériences coopératives féminines et/ou féministes dans une dimension socio-historique pour « récupérer » des récits alternatifs de coopération, ainsi que des enquêtes faisant place aux trajectoires individuelles et collectives, aux socialisations menant au coopérativisme, aux carrières militantes ou imposées par la nécessité. Existe-t-il des registres de mobilisation spécifiquement liés au genre ?

Dans cette perspective critique et émancipatrice, des récits sociologiques d’expériences à l’international pourront être présentés. Alors que le genre a été peu abordé dans les études sur les expériences coopératives dans les pays d’Europe de l’Ouest, un tout autre regard a été porté dans les pays du Sud Global où la coopération est analysée de façon plus ou moins critique à l’aune du concept d’empowerment (Hillenkamp et al., 2014), ou encore dans les pays soviétiques (Safronova, 2023). Aux États-Unis, des femmes afro-américaines se sont organisées en coopération pour lutter contre l’oppression raciale et accéder à une autonomie financière (Nembhard, 2014). Plus récemment, les mouvements féministes latino-américains ont donné forme à un ensemble de collectifs autogestionnaires venant renouveler la critique de l’ordre de genre au travail, comme dans le cas de l’économie populaire argentine (Gago, 2017). Quelles expériences internationales peut-on convoquer pour appréhender la reconfiguration des rapports de genre au travail, la critique en acte de l’ordre genré ?

Axe 3. Transformation des rapports au travail, redéfinition des frontières

Le troisième axe vise à saisir comment le caractère expérimental des formes alternatives de travail dans les lieux coopératifs participe à reconfigurer les rapports au travail et donne lieu à des conceptions étendues du travail. Par des valeurs qui s’opposent à celles de l’entreprise capitaliste, ces expériences vécues contribuent potentiellement à dé-essentialiser et dé-spécifier certaines conceptions des rapports de genre au travail. Elles sont là encore imprégnées de cheminements et de socialisations spécifiques. Elles tendent, dans l’épreuve collective, à de nouvelles conceptualisations ancrées du travail et de ses frontières.

Si le féminisme matérialiste a renouvelé les paradigmes de la sociologie du travail (Hirata et Zarifian, 2000 ; Kergoat, 2012), en pensant la reproduction de la société comme un travail à part entière, comment les principes coopératifs appliqués aux rapports de genre proposent-ils un autre regard sur les thèmes et les enjeux de la sociologie du travail ? Dans la période récente, les études qui cherchent à « désandrocentrer le travail » (Simonet, 2024), en élargissant son spectre au travail gratuit, à l’engagement, au care (Molinier, 2013), aux approches intersectionnelles (Falquet et al., 2010), en le liant à la production de la subsistance (Pruvost, 2021 ; Bennholdt-Thomsen et Mies, 2022), œuvrent à un décloisonnement des analyses pour penser le travail comme activité sociale en dispute et comme espace de socialisations genrées. Dans ce mouvement, l’expérience coopérative participe à repenser les frontières du travail, par sa dimension démocratique « expérimentale » (Dewey, 2010), par la porosité entre modes/espaces de travail et modes/espaces de vie (Rimlinger, 2019), par d’autres rapports aux temps sociaux (Sallustio, 2022). Dans quelle mesure ces reconfigurations invitent-elles à d’autres échelles de valeur entre travail productif et reproductif ?

Ces expériences, par l’institution d’autres formes d’organisation, de répartition des tâches et du pouvoir, engagent possiblement des rapports au travail renouvelés. Ainsi, en réaction à des épuisements professionnels et une agression sexuelle, le collectif en non-mixité La Trouvaille a instauré le principe de « mise en jachère », comme droit inaliénable de se mettre en retrait des tâches communes et du collectif, pour répondre aux inégalités de genre dans le sacrifice de soi pour le groupe (Collectif La Grenaille, 2016). Les membres se définissent comme « trouvailleuses » pour mettre à distance la conception androcentrée du travail. Quelles conceptualisations ancrées émanent d’autres expériences ? Quels processus mènent à des transformations du rapport au travail ? Comment sont mobilisées les trajectoires, les socialisations plus ou moins militantes, les autres expériences et les connaissances analytiques dans ces reconfigurations ? À quelles conditions et avec quels effets concrets ?

En prolongement, on pourra se demander en quoi les formes d’emploi et les régimes salariaux spécifiques de ces expériences coopératives sont un analyseur possible des transformations de la société salariale et de son déclin relatif. Face aux conséquences humaines du « capitalisme paradoxant » (Gaulejac et Hanique, 2015) et d’un salariat précaire touchant particulièrement les femmes, comment envisager le fait que celles-ci représentent les deux-tiers des effectifs employés dans les structures qui adoptent des principes coopératifs ? Dans les coopératives d’activité et d’emploi où elles sont majoritaires, le statut d’entrepreneuse-salariée ne sort pas de la précarité, mais tend à autonomiser, garantir une protection salariale en sortant des logiques de subordination (Bajard et Leclerc, 2022). Dans quelle mesure cette forte présence est liée aux secteurs d’activités et/ou aux possibilités de se soustraire au triptyque performance, compétition et concurrence propre aux orientations d’un capitalisme patriarcal ? Quelles sont les motivations à l’engagement dans ces formes d’emploi, mais aussi les barrières à l’entrée ?

Pour ce numéro spécial, nous espérons ainsi susciter des contributions qui, sur la base d’enquêtes empiriques, sociologiques ou historiques, en France et à l’international, permettent de saisir des expériences coopératives au prisme du genre, dans leur diversité. Nous invitons les auteur·ices qui souhaiteraient contribuer à ce numéro à montrer comment les cas empiriques invitent à renouveler, ou pas, le cadre conceptuel et analytique de notre champ disciplinaire.

Bibliographie

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Expériences coopératives : genre et travail
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